Cancer du foie ou hépatocarcinome

Ce document est inspiré des feuilles d’information de la Fédération Francophone de Cancérologie digestive. Il est destiné à l’information des malades, de leurs proches et «du grand public». Il n’est pas exhaustif. N’hésitez pas à interroger vos médecins en cas d’incompréhension ou si vous avez besoin d’informations complémentaires.

Question : le cancer du foie, c’est quoi ?

Le carcinome hépatocellulaire (CHC), également appelé hépatocarcinome est le cancer primitif du foie le plus fréquent.

Longtemps méconnu, il devient d’actualité du fait d’une augmentation de sa fréquence et du développement récent d’un nouveau traitement. Ce cancer se développe dans la majorité des cas sur une maladie du foie préexistante. Globalement toutes les maladies de foie (dues à l’alcool, aux infections à virus de l’hépatite B ou C, aux surcharges génétiques en fer ou hémochromatose, à l’obésité et/ou au diabète) peuvent favoriser l’émergence de ce cancer lorsqu’elles arrivent au stade de cirrhose.

Les formes survenant sur foie sain sont rares.

Le carcinome hépatocellulaire doit être distingué des métastases hépatiques, beaucoup plus fréquentes, qui correspondent à la localisation dans le foie d’un cancer « né » dans un autre organe (côlon, poumon, sein, …).

Question : le cancer du foie, c’est fréquent ?

Ce cancer est très fréquent au niveau mondial (notamment en Afrique et en Asie) où il représente la sixième cause de cancer en fréquence et la troisième cause de mortalité par cancer ; il est moins fréquent en Europe de l’Ouest et aux USA.

Cependant dans les pays occidentaux sa fréquence augmente du fait : de l’amélioration des traitements des cirrhoses ; du pic des hépatites liées au virus C observé il y a 20 – 30 ans qui pour la plupart sont actuellement au stade de cirrhose; de l’immigration en provenance de pays de forte endémie et de la fréquence croissante de l’obésité et du diabète qui peuvent entraîner des maladies de foie.

Question : quels sont les symptômes du cancer du foie ?

Le diagnostic de ce cancer se pose le plus souvent devant la découverte à l’échographie d’un nodule du foie chez un malade ayant une cirrhose connue. Parfois, il est porté chez un malade présentant des symptômes tels que des douleurs localisées dans la partie haute et droite de l’abdomen (sous les côtes) ou à l’occasion du bilan d’une autre complication de la cirrhose (jaunisse, hémorragie, …). Il repose soit sur la biopsie (prélèvement par ponction réalisée sous anesthésie locale à travers la paroi) soit sur la conjonction de données d’examens radiologiques (scanner ou IRM) et de biologie (détermination de la concentration d’une protéine particulière appelée «alfa foeto-protéïne» à partir d’une prise de sang).

Lorsque le diagnostic de carcinome hépatocellulaire est établi, un bilan est réalisé qui comporte l’évaluation de l’état général du patient, de l’extension de la tumeur (qui reste longtemps limitée au foie) et du fonctionnement du foie.

Question : comment dépiste-t-on le cancer du foie ?

Le stade précancéreux de cette maladie est représenté par des nodules dits «dysplasiques» lesquels peuvent progressivement croître et évoluer vers le cancer. Une surveillance systématique par échographie semestrielle chez les patients ayant une cirrhose connue est recommandée car elle permet, en dépistant précocement les nodules, de les traiter à un stade précoce et de les détruire.

Question : quel est le pronostic du cancer du foie ?

Ce cancer se développant sur une maladie du foie préexistante, le pronostic est conditionné par le stade et la sévérité de chacune de ces deux maladies. Le pronostic est donc très variable. Il peut être favorable pour les petites tumeurs dépistées précocement sur une cirrhose peu évoluée et bien compensée qui peuvent être guéries ou à l’inverse très mauvais pour des formes révélées par des douleurs, de grande taille et compliquant l’évolution d’une cirrhose grave pour lesquelles aucun traitement véritablement efficace n’est envisageable.

Question : quel est le traitement du cancer du foie ?

Différentes options thérapeutiques sont actuellement disponibles. Le choix du traitement le plus approprié dans une situation donnée est souvent complexe. Il résulte d’une discussion impliquant médecins et chirurgiens de différentes spécialités (hépato-gastroentérologues, chirurgiens, radiologues, cancérologues, anatomo-pathologistes, médecins nucléaires, …) et prend en compte de nombreux paramètres (taille et localisation de la tumeur dans le foie, extension éventuelle en dehors du foie, perméabilité de la veine du foie, état général et antécédents du malade, sévérité de la maladie du foie sous-jacente, …) ainsi que la volonté exprimée du malade.

Différentes approches permettent d’espérer une guérison, mais elles ne sont envisageables que chez un tiers des malades environ qui présentent une maladie peu évoluée (lésions de petites tailles, uniques ou peu nombreuses).

  • Traitement chirurgicaux : résection et transplantation HépatiqueDans les formes de petite taille, uniques ou peu nombreuses, des traitements chirurgicaux sont envisageables. L’ablation (résection) de la tumeur peut maintenant s’effectuer avec une mortalité très faible. La transplantation hépatique, qui a l’avantage de traiter à la fois la tumeur et la cirrhose, ne peut être réalisée que dans des cas bien spécifiés de taille et de nombre de tumeurs et uniquement en l’absence de maladie sévère associée.
  • Techniques de destruction «à travers la paroi» :Lorsque les nodules tumoraux sont uniques et de petite taille (moins de 2 à 3 cm de diamètre) il est possible de les détruire «à travers la paroi» soit par injection de produits nécrosants soit par réchauffement (radiofréquence). Ces techniques, relativement simples à mettre en œuvre, donnent d’excellents résultats, comparables à ceux de la chirurgie de résection.

Malheureusement les récidives après résection chirurgicale ou traitements effectués à travers la paroi sont fréquentes. Plusieurs études en cours ou à venir visent à identifier de nouvelles approches permettant de diminuer la fréquence de ces récidives.

Lorsque la maladie est trop évoluée (lésions plus nombreuses ou de plus grande taille), les objectifs du traitement seront de limiter la progression de la tumeur ou de la faire régresser, au moins transitoirement, et de soulager les symptômes pénibles.

    • Chimioembolisation :Lorsque les tumeurs sont plus nombreuses ou de plus grande taille et que le fonctionnement du foie reste correct, le traitement usuel est la «chimio-embolisation» qui consiste à injecter dans l’artère du foie, en passant par l’artère fémorale, un mélange comprenant un produit de chimiothérapie et un produit responsable d’une occlusion temporaire des artères irrigant les tumeurs. Ce traitement, dont l’efficacité est reconnue, est parfois compliqué de douleurs, de fièvre et de défaillances hépatiques parfois mortelles. Plusieurs séances, réalisées à quelques semaines d’intervalle, sont généralement nécessaires avant de stabiliser durablement la tumeur. Lorsque la veine du foie (veine porte) est bouchée, ce traitement n’est pas envisageable. Il est alors possible d’injecter dans l’artère du foie un produit radioactif qui va se concentrer dans les tumeurs et réaliser une irradiation très localisée. Des études actuelles visent à améliorer ces divers traitements en utilisant des associations de traitements ou de nouvelles modalités de réalisation.
    • Traitements «généraux» :Les produits de chimiothérapie «classique» ont une faible efficacité vis-à-vis du carcinome hépatocellulaire et sont souvent toxiques chez les patients atteints d’une cirrhose. Ils ne sont pas utilisés en routine dans cette indication.

      L’amélioration de nos connaissances concernant les mécanismes de développement des divers cancers et notamment des cancers primitifs du foie a en revanche permis le développement d’agents bloquant de façon assez sélective certains processus indispensables à la survie et à la prolifération des cellules cancéreuses. Récemment, il a été démontré qu’un nouveau médicament appelé sorafenib (Nexavar®) était capable de ralentir la croissance du carcinome hépatocellulaire et d’augmenter la survie des malades, sans entraîner de toxicité majeure. Il est actuellement prescrit chez des malades atteints de formes dites «avancées» de carcinome hépatocellulaire du fait de sa diffusion ou de l’échec des autres thérapeutiques. Le sorafenib (Nexavar®) va maintenant être étudié dans plusieurs autres indications : après chirurgie pour diminuer le risque de récidive, en association avec la chimioembolisation ou avec une chimiothérapie. D’autres produits sont en cours d’évaluation et devraient être prochainement disponibles.

Traitement symptomatique

  • Enfin, hélas dans près d’un quart des cas, l’état général du malade et/ou la sévérité de la maladie de foie sous-jacente ne permettent pas de proposer de traitement anticancéreux dont l’utilisation serait dangereuse. Les médecins doivent alors se contenter de lutter contre les signes gênants, et en particulier, les douleurs par des traitements dits symptomatiques.

Dans tous les cas, il est nécessaire d’associer aux divers traitements du carcinome hépatocellulaire des traitements spécifiques de la maladie responsable de la cirrhose (traitements antiviraux, arrêt des boissons alcoolisées, perte de poids, saignées … selon les cas) et de prévenir ou de traiter les autres complications de celle-ci (lutte contre les saignements digestifs, les infections).

Cette maladie reste très sévère mais les progrès actuels sont majeurs et se poursuivent. La participation en plus grand nombre des patients à des essais thérapeutiques permettra d’avancer plus rapidement vers des traitements plus efficaces et mieux.

REMARQUE IMPORTANTE

Ces informations n’ont pour but de ne fournir que des informations générales et ne doivent pas servir d’aide pour poser un diagnostic ou proposer un traitement pour des cas particuliers. Il est très important de consulter votre médecin pour votre cas particulier.